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vingt-dix jours de corvée dus par chaque inserit équivalent à un réel servage, bien que le corvéable puisse së racheter à prix d'argent. Le quart des journées de corvée est à lá dis- position du mandarin choisi pour patron par le corvéable, le reste à celle du roi.
Quant à la justice, on aurá une idée de la façon dont elle est rendue aux malheureux inscrits par la citation de ce seul article du code cambodgien : « Dans les condamnations pé- cuniaires, un tiers de l'amende prononcée revient au roi, le second tiers au plaignant el le troisième aux juges qui ont fixé la peine. » La peine, dít à ce sujet M. Bouinais, « sera toujours très forte; car le mandarin trouve son profit à l'élever. Les plaidoiries les plus éloquentes sont les cadeaux que les malheureux plaideurs apportent à leurs magistrats fantaisistes, et ceux-ci trouvent encore moyen d'augmenter leurs épices en faisant payer pour l'apposition du cachet destiné à garantir l'authenticité de la sentence. »
L'esclavage est encore une des grandes plaies du Cam-
bodge.
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Les esclaves peuvent être rangés en trois catégories, à savoir : les esclaves pour dettes; les esclaves d'État; les es- claves à vie généralement d'origine sauvage.
La législation de l'esclavage pour dettes est particulière- ment abominable.
Le débiteurest adjugé comme esclave au créancier quand il ne peut payer la dette contractée. Il a théoriquement le droit de se racheter, mais tout le produit de son travail ap- partenant au maître, il ne peut jamais faire aucun bénéfice et réunir la somme nécessaire à sa libération.
Les enfants nés de parents esclaves sont esclaves aussi. Tout est calculé d'une façon si inique pour perpétuer la si- tuation des malheureux débiteurs, que les seuls cas de libé- ration connus sont ceux où un parent ou un ami charitable avance le montant de la rançon.
Les esclaves d'État à perpétuité sont les condamnés pour certains crimes, les descendants des condamnés, et les pri-
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No 3482 sonniers de guerre; ils ne peuvent se racheter que sous le bon plaisir du roi.
Quant aux esclaves à vie, d'origine sauvage, ce sont des malheureux capturés dans des battues dirigées contre les tri- bus errantes dans les bois et les montagnes, où achetés sur les marchés du Laos, où cette chasse à l'homme se pratique encore sur une grande échelle.
On ne sera pas surpris qu'une société ainsi soumise au despotisme le plus extravagant, en proie aux plus odieuses iniquités sociales, soit allée s'appauvrissant et se dégradant. Ce qui étonne, c'est que le Cambodge ait pu suffire jusqu'à ce jour à l'entretien du mandarinat, de la famille royale, du monarque et de son invraisemblable sérail.
Ceux de nos résidents qui se succédèrent de 1867 à 1876 à Oudong d'abord, puis à Phnom-Penh où Norodom porta sa capitale, furent tous frappés de ce fait que notre protection ne couvrait en définitive qu'un système d'abus monstrueux, Le pays se ruinait et se dépeuplait. Le rôle de protecteur ainsi conçu était-il digne de la France? Était-ce pour permettre à Norodom de consommer la ruine de son royaume, d'affamer son peuple au profit du harem que nos soldats avaient combattu, avaient vaincu les rebelles Assoa, Pucombo et le prince Votha? Ne manquions-nous pas à notre devoir de puissance civilisatrice en n'usant pas de l'autorité que nous donnaient sur Norodom les traités et les services rendus pour contrôler son pouvoir et exiger de lui de sérieuses ré- formes?
Ce fut la pensée du gouverneur de la Cochinchine au len- demain de la répression de l'insurrection du prince Votha. Nous venions pour la seconde fois en moins de dix années de sauver Norodom du détrônement. L'amiral Duperré et notre résident à Phnom Penh parvinrent à décider le roi à la pro- mulgation d'un certain nombre de réformes administratives en vue de soulager les populations cambodgiennes, et d'éta- blir une certaine régularité tant dans la perception des taxes que dans l'administration de la justice. Les mêmes ordon-
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